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Capharnaüm, le cinéma engagé de Nadine Labaki

Le 17 octobre, sortait Capharnaüm, le dernier long-métrage de la cinéaste libanaise Nadine Labaki. Brûlant d’actualité, son film traite de l’enfance maltraitée, du mariage forcé, de la crise migratoire et de l’exclusion sociale. Autant de causes à défendre, qui font de cette oeuvre un véritable pamphlet moderne. La réalisatrice filme, avec une justesse déconcertante, un drame familial de la pauvreté dans les bas-fonds de Beyrouth. Manifeste poignant et réaliste, Capharnaüm a obtenu le prix du jury au dernier Festival de Cannes et a été choisi pour représenter le Liban dans la course aux oscars cette année.

Pour trouver ses comédiens, Nadine Labaki a opté pour un casting sauvage. C’est en sillonnant Beyrouth et ses ruelles en ruine qu’elle repère Zain Alrafeea et Yordanos Shifera, ses deux acteurs principaux dont on va suivre l’odyssée, entre violence et misère sociale.

A la lisière du documentaire et filmé à hauteur d’enfant, on entre dans le quotidien de Zain, un petit garçon de 12 ans enfant des bidonvilles de Beyrouth, qui intente un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde. Zain appartient à ce que le quotidien libanais The Daily Star appelle le “‘précariat’ de Beyrouth, c’est-à-dire les personnes les plus démunies”. Entassée dans un appartement glauque et insalubre, sa famille vit d’expédients. Zain et sa sœur sont obligés de travailler pour aider leurs parents. Ils s’adonnent à tous genres de petits boulots, trafic et vente de médicaments, vente de jus au bord de la route… Un quotidien fait de promiscuité et de misère tant matérielle qu’affective, qui va être d’autant plus bouleversé après départ de la jeune sœur, vendue par ses parents à un épicier louche du quartier qui veut l’épouser. Zain décide alors de quitter ses parents dans l’espoir d’un avenir meilleur ailleurs. Sans but ni destination, il croise la route de Souad, une jeune Érythréenne, qui va l’accueillir chez elle. Campant comme des clandestins dans une sorte de bidonville, elle et son bébé sont condamnés à vivre en marge de la société libanaise, faute de papiers et d’intégration.

Selon le journal Al-Nahar : « À de nombreux égards, ‘Capharnaüm’ est une allégorie de la violence qui caractérise actuellement le Liban. À travers le regard de Zain, le public observe la mort inévitable de l’enfance et de ses rêves, dans un pays où la négligence par l’État de sa population atteint des sommets.”

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